Réparation bateau

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Réglementation

5 min

Responsabilité du chantier pendant l'hivernage : qui paie ?

Début avril, sur le terre plein du chantier. Votre bateau a passé l'hiver sur son ber, bâché, à quelques mètres de la mer. En faisant le tour de la coque, vous découvrez une trace d'enfoncement au niveau d'un patin et une fissure dans le gelcoat.

Au bureau, la réponse tombe : c'est la tempête de février, personne n'y peut rien. Vous avez pourtant payé l'hivernage, la manutention et le gardiennage.

Qui paie ? La responsabilité du chantier pendant l'hivernage ne se tranche pas au comptoir : elle dépend du contrat signé, de la preuve et, souvent, de votre assurance.

L'essentiel : Quand vous confiez votre bateau à un chantier pour l'hivernage, sa responsabilité dépend d'abord du contrat. S'il assure la garde du bateau, sa faute est présumée : il doit prouver qu'il est étranger au dommage ou invoquer une force majeure. En simple location d'emplacement, c'est à vous de prouver sa faute.

📄 Dépôt, location ou prestations : ce que vous avez signé

Derrière le mot hivernage se cachent des contrats très différents, et c'est leur nature qui fixe les règles du jeu.

  • •Le dépôt, ou gardiennage. Le chantier reçoit le bateau, le garde et doit vous le rendre dans l'état où il l'a reçu. Le Code civil lui impose d'y apporter les mêmes soins qu'à ses propres biens (article 1927).
  • •La location d'emplacement. Le chantier vous loue une place à terre. Il doit une sécurité minimale des lieux, mais vous restez le gardien de votre bateau.
  • •Les prestations. Hivernage du moteur, carénage, manutention : le chantier s'engage à faire le travail correctement, avec les moyens d'un professionnel.
  • •Le titre du contrat ne suffit pas. En cas de litige, le juge regarde la réalité : qui détient les clés, si le bateau a une place précise, si le site est surveillé. Un stationnement lié à des travaux importants est souvent traité comme un dépôt.

⚖️ Qui doit prouver quoi en cas de dégât ?

C'est la question qui décide de l'issue de la plupart des litiges.

  • •En dépôt, la faute du chantier est présumée. Il lui appartient de prouver qu'il est étranger au dommage, soit parce qu'il a pris les soins nécessaires, soit parce qu'un cas de force majeure s'est produit. La Cour de cassation l'a rappelé dans un arrêt du 14 octobre 2010.
  • •En location d'emplacement, la charge s'inverse. C'est à vous de démontrer une faute du chantier et son lien avec le dommage.
  • •Pour une prestation mal faite, la preuve de la mauvaise exécution pèse en principe sur le propriétaire. D'où l'intérêt des écrits et des photos.
  • •Le fait d'un salarié n'excuse rien. Une erreur commise par un employé du chantier ne peut pas être présentée comme une force majeure.

🌬️ Tempête : force majeure ou défaut de calage ?

La tempête est l'argument le plus souvent avancé. Il tient rarement.

  • •La force majeure a une définition précise. C'est un événement extérieur, imprévisible et irrésistible qui empêche d'exécuter le contrat (article 1218 du Code civil). Un coup de vent d'hiver annoncé à l'avance remplit difficilement le critère d'imprévisibilité.
  • •Les tribunaux l'admettent difficilement pour les intempéries. Des cours d'appel, notamment celles d'Aix-en-Provence et de Montpellier, ont condamné des chantiers pour des bateaux tombés de leurs bers pendant des coups de mistral.
  • •Le calage est au cœur du débat. Ber adapté à la carène, béquilles bien réglées et vérifiées après les alertes : c'est ce que le chantier devra pouvoir démontrer.

📋 Les clauses qui limitent la responsabilité du chantier

Beaucoup de contrats d'hivernage contiennent une clause par laquelle le chantier se dégage de toute responsabilité. Elle ne vaut pas toujours ce qu'elle affirme.

  • •En dépôt, une clause qui vide l'obligation de garde de sa substance est réputée non écrite (article 1170 du Code civil).
  • •En location d'emplacement, une clause de renonciation à recours peut être valable, sauf faute lourde, et seulement si vous en avez réellement eu connaissance. Un simple règlement intérieur ou des conditions générales jamais signées ne suffisent en principe pas.
  • •Face à un particulier, ces clauses sont fragiles : le droit de la consommation sanctionne celles qui créent un déséquilibre significatif au détriment du client.
  • •Avant de signer, repérez la formule exacte (garde ou simple emplacement), la liste des prestations et le sort des clés.

🛡️ Assurance : qui indemnise, et dans quel ordre ?

  • •Votre propre contrat peut jouer en premier. Selon les contrats, la garantie dommages peut couvrir le bateau à terre chez un professionnel et pendant la manutention. Vérifiez vos conditions avant de le confier.
  • •Votre assureur peut ensuite se retourner contre le chantier. Le code des assurances prévoit que l'assureur qui a indemnisé son client est subrogé dans ses droits contre le responsable.
  • •Le chantier a son propre assureur. Demandez son attestation de responsabilité civile professionnelle avant de lui remettre les clés.
  • •Déclarez vite et par écrit. Les réflexes à avoir sont détaillés dans notre article « Sinistre en mer : 3 erreurs fatales à éviter pour votre indemnisation ».

✅ Les bons réflexes, de la remise à la sortie

  • •Avant : un écrit qui précise la formule, les prestations (calage, bâche, mise hors gel, visites) et qui garde les clés.
  • •À la remise : un état des lieux daté, avec photos de la coque, du pont et de l'intérieur, et l'inventaire du matériel laissé à bord.
  • •Pendant l'hiver : demandez des nouvelles après chaque tempête annoncée, et passez quand vous le pouvez.
  • •À la sortie : inspectez le bateau avant de signer le bon de sortie, et notez par écrit la moindre réserve, photos à l'appui.
  • •En cas de dommage : prévenez le chantier et votre assureur par écrit, et ne faites rien réparer avant les constatations. Pour préparer le bateau lui même, voyez notre article « Hivernage voilier : à terre ou à flot, le guide complet ».

🎯 En résumé

  • •Le contrat décide : garde du bateau (dépôt) ou simple emplacement.
  • •En dépôt, le chantier doit prouver qu'il n'y est pour rien ; en location, c'est à vous de prouver sa faute.
  • •La tempête n'excuse pas tout : la force majeure est rarement admise et un calage défaillant engage le chantier.
  • •Les clauses d'exonération sont fragiles face à un particulier.
  • •Votre assurance peut indemniser, puis se retourner contre le chantier.
  • •Les preuves se constituent à la remise : écrit, photos, inventaire.

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