Une personne travaille sous la coque d'un bateau en bois posé sur béquilles, au Vieux-Port de Marseille

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Guide pratique

7 min

Faire son carénage soi même : où, comment, combien

Jeudi matin, fin octobre. La grue soulève votre bateau et la coque apparaît enfin : un voile vert sous la flottaison, des balanes autour de l'hélice, une anode à moitié rongée.

Le grutier le pose sur ses béquilles, au bord de l'aire de carénage. Vous avez la semaine devant vous, un nettoyeur haute pression à louer et deux pots d'antifouling dans le coffre.

Faire son carénage soi même reste l'un des moyens les plus directs d'alléger le budget d'entretien d'un bateau. À condition de le faire au bon endroit, avec le bon matériel, en sachant ce que coûte vraiment une semaine sur l'aire.

L'essentiel : le carénage soi même se pratique sur une aire ou une cale de carénage qui recueille les eaux de lavage, selon les règles du port. Ailleurs, sur une plage ou une cale ordinaire, laisser partir des résidus d'antifouling à la mer est puni de 100 000 € d'amende (article L218-73 du code de l'environnement).

🧭 Où faire son carénage soi même ?

Le bon endroit, c'est l'aire de carénage du port ou une cale de carénage équipée : leurs caniveaux recueillent les eaux de lavage et les résidus pour qu'ils soient traités. Le guide des bonnes pratiques de carénage de la Direction de la mer de Guadeloupe (service de l'État, août 2023) le résume ainsi : nettoyer la coque à terre, sur les aires de carénage disponibles.

Hors de ces installations, deux articles du code de l'environnement s'appliquent :

  • •En mer et dans les eaux salées : jeter, déverser ou laisser écouler, même indirectement, des substances nuisibles aux poissons, coquillages ou végétaux marins est puni de 100 000 € d'amende (article L218-73, en vigueur depuis le 25 août 2021).
  • •Pour les autres pollutions des eaux : l'article L216-6 prévoit deux ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende, rejet indirect compris.

Le guide de bonnes pratiques du Parc naturel marin d'Iroise (2017) applique ces règles au carénage pratiqué sur une plage ou une zone d'échouage. Sur une remorque dans votre jardin, même logique : les eaux de lavage chargées de peinture ne doivent pas filer vers un fossé ou une grille d'eaux pluviales.

📋 Réserver l'aire : ce que fixe le port

Chaque port fixe ses propres règles d'accès à l'aire. Deux grilles publiées pour 2026 montrent à quel point elles varient :

  • •Sanary-sur-Mer (Var) : grutage vers l'aire tous les jeudis, de mars à juin et de septembre à novembre, avec quatre bateaux minimum. Travaux de 8 h à 12 h et de 14 h à 18 h, seulement non bruyants le dimanche et les jours fériés.
  • •Port Médoc (Gironde) : manutentions du lundi au vendredi et le samedi matin. Le calage du bateau et la location des bers sont réservés aux professionnels du port.

Avant de réserver, demandez à la capitainerie la durée maximale sur l'aire, les travaux autorisés et les consignes de tri des déchets.

🛒 Quel matériel acheter pour un carénage ?

La liste tient sur une page, mais chaque ligne compte :

  • •L'antifouling : à matrice érodable, dure ou mixte, il se choisit selon le bateau, la zone de navigation, le mode d'hivernage et votre pratique. Sa fiche technique indique la compatibilité avec la couche en place, le nombre de couches et le délai avant la remise à l'eau.
  • •Pas de vieux pot : les peintures antifouling détenues doivent respecter le règlement européen n° 528/2012 sur les produits biocides, et le TBT est interdit depuis 2003.
  • •La préparation : grattoir, abrasif pour poncer à l'eau, ruban de masquage pour la flottaison, rouleaux, pinceaux et bacs.
  • •Les anodes : celles de l'arbre, de l'embase ou de la coque, à remplacer quand elles sont rongées.
  • •La protection : gants, lunettes et masque, que recommandent les deux guides cités.
  • •Une bâche sous la coque pour recueillir écailles et poussières, et des sacs pour les déchets souillés.

🧽 Les étapes d'un carénage propre

  • •Laver tout de suite : nettoyeur haute pression dès la sortie de l'eau, bateau placé en amont des caniveaux de récupération.
  • •Poncer à l'eau : le guide d'Iroise proscrit le ponçage à sec d'un antifouling et le décapage au chalumeau. Certains ports louent un aspirateur poussière et eau pour récupérer les résidus.
  • •Attendre que le vent tombe : les deux guides déconseillent de poncer ou de décaper par vent fort.
  • •Contrôler sous la flottaison : hélice, anodes, passe coques et vannes, safran. Tout est visible, c'est le moment.
  • •Peindre : flottaison masquée, couches et temps de séchage selon la fiche technique.
  • •Tout ramasser : écailles, poussières, bâches, gants et pots vides partent à la déchetterie du port. Le guide de Guadeloupe classe les résidus de grattage parmi les déchets dangereux.

💶 Carénage soi même : ce que ça coûte vraiment

Les ports publient leurs tarifs, de quoi chiffrer la partie « port » d'un carénage fait soi même. Exemple pour un bateau de 6,50 m à Sanary-sur-Mer, tarifs 2026 en euros TTC approuvés par le conseil portuaire du 9 décembre 2025 :

  • •Levage et remise à l'eau : 110 €, matériel de calage compris (55 € dans chaque sens de 5 à 7,99 m).
  • •Stationnement sur l'aire : 40 € le forfait de sept jours, puis 22 € par jour supplémentaire, 28 € au delà de dix jours.
  • •Nettoyeur haute pression : 20 € la demi heure.
  • •Aspirateur poussière et eau : 20 € la demi heure.

Une semaine avec une demi heure de nettoyeur et une demi heure d'aspirateur revient donc à 190 € TTC, hors produits.

À Port Médoc, la grille 2026 affiche pour un monocoque jusqu'à 7 m sur 2,60 m : 72 € de manutention et 101 € la semaine sur l'aire de carénage (21 € la journée), sans mention HT ou TTC sur la page des prestations. Le calage et les bers s'ajoutent, sur devis.

Reste la ligne la plus variable, les produits : le prix d'un antifouling dépend de la marque, de la formule et de la surface, et la quantité se calcule avec la fiche technique. Pour comparer avec un chantier, qui facture aussi la main d'œuvre, demandez un devis poste par poste. Et pour situer ce poste dans l'année, relisez « Budget bateau 2026 : réduire les frais de plaisance ».

🛡️ Carénage et assurance : ce qu'il faut vérifier

Une semaine à terre n'est pas une semaine sans risque. Relisez votre contrat sur quatre points :

  • •Le levage : en cas de chute, la responsabilité dépend des règles du port et de votre contrat. À Port Médoc, le positionnement des sangles de levage relève du propriétaire. Notre article « Responsabilité du chantier pendant l'hivernage : qui paie ? » détaille cette logique.
  • •Le bateau à terre : selon les contrats, la garantie dommages couvre ou non le bateau posé sur béquilles ou sur ber. Vérifiez vos conditions.
  • •La responsabilité civile : une projection de peinture sur la coque voisine est un dommage causé à un tiers, ce que prend en charge la responsabilité civile plaisance selon la DGCCRF. Vérifiez qu'elle joue aussi quand le bateau est à terre.
  • •L'entretien : selon les contrats, les dommages dus à l'usure ou à un défaut d'entretien peuvent être exclus. Gardez les factures et des photos datées de votre carénage.

🎯 En résumé

  • •Où : sur une aire ou une cale de carénage qui recueille les eaux, jamais sur une plage.
  • •Quand : aux jours et horaires du port, à réserver auprès de la capitainerie.
  • •Comment : ponçage à l'eau, pas de chalumeau, résidus et déchets à la déchetterie du port.
  • •Combien : 190 € TTC la semaine à Sanary-sur-Mer pour un bateau de 6,50 m, hors produits (tarifs 2026).
  • •Assurance : couverture à terre, responsabilité civile et exclusions liées à l'entretien.

Profitez du carénage pour faire aussi le point sur votre assurance : demandez votre devis Odock en ligne et vérifiez que votre bateau est couvert à terre comme à flot.